La roue tourne

photomontage colombe volant prison

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La roue tourne

Je veux qu’il souffre.

Que son âme et son esprit saignent.

Malheureusement, malgré mon incroyable professeur, je n’ai pas les ressources intérieures pour infliger de tels supplices.

Alors il souffrira. Physiquement seulement.

Il me dégoûte.

Je détourne les yeux, je ne le supporte plus. Ses cheveux noirs et éparses plaqués en arrière sur son crâne jauni ; ses paupières fripées et closes qui l’empêchent de voir arriver le danger ; son nez pâteux surplombant sa moustache rêche et humide ; ses lèvres sèchent à travers lesquelles ma prison se construit ; tout… tout en lui me donne envie d’incendier le monde.

Pas de ce feu dévastateur. Non. Un feu purificateur. Un brasier de sauge.

Je ne sais pas si je dois envier ou haïr ces femmes sur ces terres inconnues qu’il ne me laissera jamais voir. Celles qui rêvent de garde-robe fournie, de maris aimants ou autre absurdité. Moi, tout ce que je demande, c’est le pouvoir de décider.

La liberté.

Peu importe que je doive en profiter nue et seule au monde jusqu’à la fin de mes jours.

Le problème est que mon seul sentier est bloqué par un obstacle, avachi sur le canapé devant moi. Je l’observe silencieusement. Et à mesure que mon regard se glace, la lame entre mes doigts se réchauffe, comme si son destin l’excitait. Elle devra cependant réfréner ses ardeurs, car je n’ai toujours pas pris ma décision.

Les choses changent.

Un nouveau vent semble souffler sur les vieilles traditions. Est-ce le signe que j’attendais ?

Le doute s’installe.

Plus qu’un signe, c’est un espoir qui se dessine. Une fenêtre qui s’ouvre sur des barreaux, certes, mais cela n’empêche en rien à l’air et à la lumière de circuler. Peut-être seront-ils un jour suffisamment puissants pour faire fondre l’acier ?

Combien d’autres femmes sont en ce moment dans ma situation ? Est-ce vraiment la solution ? Conseillerais-je aux plus jeunes d’user de violence pour nous faire évoluer ?

Non.

Cela ne me ressemble pas.

Il y a tant à faire ! Il faut agir intelligemment et faire preuve de patience.

La lame se refroidit à mesure que je reviens sur mes pas. Je m’enfonce de nouveau dans les ténèbres, mais c’est pour mieux voir la lumière. L’appréhender, la comprendre et l’utiliser. Il faut, pour l’instant, se contenter de cette petite victoire, ce court- circuit dans la pénombre. Sans oublier que les plus grands brasiers naissent le plus souvent d’une étincelle.


Soudain, un coup de klaxon.

Il transperce le silence et se répercute sur les murs. L’ogre se réveille en sursaut, m’aperçoit à l’entrée de la pièce, la lame cachée derrière le mur qui la sépare du couloir. Il m’étudie, tente de lire sur mon visage impassible. Puis, un deuxième bruit de klaxon le sort de sa contemplation.

Il se lève en direction de la fenêtre ; je déguerpis dans ma chambre. Mais avant de refermer ma porte je l’entends pester : « Maintenant qu’elles ont le droit de conduire, ça va être un sacré bordel ! Une femme n’a rien à faire derrière un volant ! »


Actualité inspirante :

https://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/09/26/arabie-saoudite-le-roi-signe-un-decret-autorisant-les-femmes-a-conduire_5191878_3218.html

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