Double crime

Double crime

Une fois encore, leurs voix m’extirpent de cette extase. Un instant je suis enveloppé de sérénité, et l’instant d’après je tourbillonne parmi la peine et la rancœur. C’est un cercle infini.

Mais je garde espoir qu’un jour le fil se rompe, et que poussé par les vents je puisse enfin prendre mon envol, me préoccuper de ma prochaine aventure. Il leur suffit simplement de me foutre la paix.

Je les aime, j’aime tout le monde, tout ce que je demande c’est qu’on m’aime aussi au point d’accepter mon ras-le-bol et de me délivrer. Le mot est juste. Car sans le savoir, à chaque évocation de mon nom, à chaque parole qu’ils m’adressent, c’est un barreau supplémentaire à ma cellule.

J’ai souffert et je souffre encore, craignant parfois que ce supplice soit éternel. Ils ne se rendent pas compte qu’ils m’empêchent d’avancer, de passer au cycle suivant. Ils n’entendent pas ma douleur, mon cessez-le-feu, mes prières pour mettre fin à cet acharnement ! Ou ne veulent-ils pas l’entendre ? Cachent-ils leur égoïsme sous des airs de justice ?

La vérité, je la connais. D’autres aussi. J’ai compris depuis bien longtemps qu’elle était seule à pouvoir me libérer, tout comme j’ai compris depuis bien longtemps que les détenteurs de cette clé ne s’en sépareraient jamais. Et moi… je n’en ai plus les moyens.

L’honnêteté pervertie par les secrets et la peur est la malédiction de ce monde. De mon monde. On ne choisit pas sa famille. En revanche, elle, peut être assez culottée pour choisir votre destin. Je n’ai jamais eu mon mot à dire, pas même aujourd’hui, pauvre dommage collatéral que je suis. Ma voix n’a jamais été entendue. Et à en juger par les évènements qui s’obstinent à s’enchaîner malgré mes puissantes injonctions, c’est peine perdue.

Il me faut désormais accepter que mon seul recours reste le temps. Mon visage, les souvenirs, ma chair et mon sang ne lui résisteront pas éternellement, et je pourrai enfin souffler. Beaucoup cherchent l’immortalité en ce sens qu’ils font tout leur possible pour marquer les mémoires et l’Histoire. Ils veulent que l’écho de leur nom résonne à travers les siècles à venir. Moi, tout ce que je demande, c’est d’enfin tomber dans l’oubli. Eternel malgré moi.

Cette curiosité malsaine que je suscite devient pesante et m’empêche de me reposer paisiblement. Elle entrave ma croissance, au sens propre comme au figuré, moi qui suis homme piégé dans un corps d’enfant. Elle interrompt sans cesse mes périodes de quiétude. Elle perturbe mon organisme, mon développement, mon évolution. Elle est mes chaînes.

Et ce n’est pas avec mon corps juvénile que je vais pouvoir les briser. Alors j’attends. Posté entre les deux mondes, parfois assoupi, parfois réveillé en sursaut par leurs voix irrespectueuses. J’attends. J’imagine l’après et j’espère le connaître un jour. Je ne cherche même pas à ce que le voile qui couvre le mystère qui m’entoure soit levé. Tout ce que je demande, c’est qu’on arrête de m’assassiner une seconde fois. On m’a déjà pris une vie, maintenant on me prend ma mort.

Alors entendez ma requête, que je connaisse enfin la joie de ne plus être « le petit » et de simplement devenir Grégory.


Actualité inspirante :

https://www.lci.fr/justice/document-tf1-lci-retrouvez-l-interview-integrale-de-murielle-bolle-sur-lci-2103492.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :